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'Le e-prostitué
Posté par Thibaut le 18/04/08 dans blackhat
Thibaut Maquet: Bonjour Jean-Marc, c’est comme cela que l’on va t’appeler. Merci de m’accorder ce petit entretien.
Jean-Marc: C’est tout naturel.
TM: Alors, ce soir, si on cause ensemble, c’est pour en savoir un peu plus sur ce que tu fais et plus particulièrement sur tes sulfureuses activités. D’abord, peux-tu nous dire qui tu es exactement, Jean-Marc ?
JM: Et bien, je suis un jeune mécanicien de 22 ans du Nord de la France; je travaille à mi-temps dans une usine, rien de bien passionnant mais j’ai une autre activité un peu plus sympa à côté.
TM: Ah oui ? Et ça consiste en quoi ? Faire des sites Web ?
JM: Pas tout à fait, je profite à grande échelle de toute la misère sexuelle que l’on trouve sur le Web.
TM: Ah, je suppose que tu spammes à fond via mail ou lien pour des sites de ucques, mais il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil.
JM: En fait, si car la méthode que j’utilise n’a presque rien à voir avec le spam.
TM: Si tu ne spammes pas, tu dois galérer pour générer du trafic, à moins que tu possède un site extrêmement bien référencé. Mais tu nous as pas dit que tu ne faisais pas de sites Web.
JM: C’est exact, en fait j’utilise les petites annonces.
TM: Pour faire de l’argent ? Tu mets ton lien d’affiliation directement dans ta petite annonce, dangereux, ça !
JM: Ca, c’est le ban assuré. Non, il faut être plus subtile. Je vais t’expliquer.
TM: Ca serait bien, oui.
JM: Voici comment je procède de A à Z. Tout d’abord, je me crée un compte Gmail. Puis, j’écris sur un de ces nombreux sites de petites annonces ma petite histoire. Je vais dans la rubrique “femme désirant rencontrer un homme”. Là, je publie un petit texte plutôt cool disant que je suis une femme de 28 ans, libre, “très ouverte”, souhaitant faire des rencontres, et plus si affinités. Bien entendu, je n’écris rien de torride, car il faut que cela fasse vrai. Pour ponctuer le tout, je récupère une photo sur Facebook ou Myspace d’une minette pas trop canon mais pas banale non plus et je la joins à la petite annonce. Encore une fois, il ne faut surtout pas exagérer et présenter quelqu’un de suffisamment abordable pour que cela reste crédible.
TM: D’accord, en fait tu te fais passer pour une fille en mal d’affection.
JM: Oui, tu as tout compris.
TM: Suite à cela, je suppose que tu dois recevoir des dizaines de mails, dur-dur pour gérer la suite.
JM: Tu veux dire des centaines, voir même parfois plus de 1000 mails ! Tu ne peux pas t’imaginer le nombre de petits coquins qui trainent sur le Web. J’ai là une superbe possibilité d’exploiter la convoitise de tous ces pervers.
TM: Comment fais-tu alors pour gérer toute cette masse de mails ? Tu as embauché des indiens comme le Bandit Adwords ?
JM: Tu me déçois beaucoup, c’est pourtant tout simple: j’utilise le répondeur de Gmail.
TM: Effectivement, j’aurais dû y penser. Et je suppose que dedans tu y incorpores un lien d’affiliation.
JM: Tu as tout compris. Je répond gentillement en remerciant le gars pour son mail qui m’a interessé. Je lui dit que j’ai reçu beaucoup de réponses et que j’aimerai tchatter avec lui ce soir. Puis je lui file mon lien.
TM: C’est pas un peu gros quand même ?
JM: Non, j’ai pas mal de retours. Il faut dire que je peaufine pas mal la réponse.
TM: Oui, mais le gars lorsqu’il voit un machin tu style “Rejoins-moi ce soir sur www.tartopom.com/affil=jean-marc”, il comprend vite que tu essayes de le berner.
JM: Bien évidement, mon lien est dissimulé. J’achète un nom de domaine pas cher, du style un .info à 2 dollars et je lui colle une redirection vers l’affiliation. Et puis comme je te l’ai déjà dit, je peaufine pas mal la réponse, de sorte qu’elle fasse le plus vraie possible.
TM: Et ça marche bien ?
JM: Cela dépend du site de petites annonces. A l’international, il vaut mieux éviter les grosses machines comme Craiglist ou Gumtree où la combine est beaucoup trop connue.
TM: Tu fais aussi à l’international ? Tu parles bien anglais ?
JM: Affreux ! J’ai demandé à un type sur DP de me pondre quelques réponses. Cela m’a couté la bagatelle de 20 dollars que j’ai bien vite amorti.
TM: Et la France ?
JM: Le marché est beaucoup plus petit, mais il y a quelques bons coups à faire.
TM: Tu peux nous dire où ?
JM: Non, je ne dévoile pas mes “marchés”. Mais franchement, ce n’est pas difficile à trouver.
TM: Et pour l’affiliation ?
JM: A l’international, il n’y a que l’embarras du choix. Je recommande plus particulièrement AdultFriendFinder qui possède également une interface en Français. Bien entendu, mon affiliation est toujours un CPA (Formulaire). Hors de question que je demande à “mon client” de payer quoique ce soit: la tactique ne fonctionnerait pas. J’ajoute que d’une façon générale, le CPA est certainement la manière la plus simple de commencer l’affiliation.
TM: Tu n’as jamais de soucis avec les plateformes d’affiliation ?
JM: Pas vraiment dans le sens où ils font aussi leur beurre, et puis c’est quand même assez discret. Par contre, il faut toujours vérifier les termes du contrat car c’est clairement de l’incentive, et peu de sociétés l’autorise. Il est quand même préférable de garder de bonnes relations avec ceux qui te payent.
TM: Cela te rapporte beaucoup ?
JM: Cela fait maintenant plusieurs mois que je fais cela et j’ai d’abord commencé à petite échelle en répondant manuellement aux mails des gars. Par la suite, j’ai industrialisé la méthode en créant plusieurs comptes Gmail et en multipliant les annonces sur plein de sites. Je diversifie beaucoup les annonces ainsi que les sites pour ne pas éveiller les soupçons.
TM: Tu n’as pas dit combien cela te rapporte.
JM: Suffisamment pour me permettre de travailler à mi-temps. Mais pour être honnête, je garde mon boulot uniquement pour la facade: sécurité sociale et tout le merdier administratif.
TM: Tu déclares quelque chose aux impots ?
JM: Oui, une partie quand même, je ne suis pas complètement malhonnête.
TM: En fin de compte, tu n’as pas l’impression de te prostituer ?
JM: LOL, le e-whoring (NDLR: la e-prostitution) c’est un mot qui revient souvent dans le milieu. Non, je ne crois pas. Je fais juste de l’argent sans me poser trop de questions. De toutes les façons, si tu as des scrupules, tu ne gagneras jamais d’argent.
TM: Jean-Marc, je termine cet entretien en te remerciant beaucoup pour ton récit assez insolite, je dois bien l’avouer, mais fort intéressant.
JM: Merci aussi, et bonne continuation.'